Marsatac

ENTRE CHIENS ET LOUPS

Le jour recule devant le crépuscule, les ombres se fondent. Bien finaud celui qui distingue l’homme de l’animal. Entre chien et loup, pour la XVIIIe fois, Marsatac bat le rappel de la meute. Les 23 et 24 septembre, le festival ressuscite nos instincts et aiguise nos appétits. Marseille, animale, urbaine, rebelle, est son terrain de chasse naturel. La terre qui accueille ses nuits de communion sonore et fait sortir le loup du bois. De la Friche la Belle de Mai, Marsatac fait, une fois encore, sa tanière fauve. Un antre, incandescent et sauvage, sur lequel il pose son empreinte et la devise de son clan : Liberté, Animalité, Fraternité !

Dans la touffeur carnassière, dans les feulements de la horde, la transe guette. Bal bestial, hargne musicale, ferveur vitale. On en a la babine retroussée et la canine affutée. Marsatac se love dans les mystères d’un repaire sans cesse repensé, nous guide vers les secrets de son sein : trois scènes palpitantes. En bon loup alpha des musiques actuelles dans le Sud, Marsatac fédère une tribu farouche et sexy. Avec ces deux soirées, le festival renoue avec son identité double. Mi-chien, mi-loup. Mi-niaque hip hop, mi-hypnose électro. Un retour à l’essence qui est sienne, à son ADN d’animal hybride singulier.

Le vendredi 23, c’est d’abord des louves du hip hop que Marsatac lâche dans la nature.
Alo Wala déboule avec son Interplanetary Bass, un groove sans limite aucune, Lady Lehsurr prêche un street hip hop anglais comme on l’aime, Little Simz dégaine sa puissance dark, la Suédoise d’origine serbe Gnučči défend sa hip pop bien dingue… En tapinois, les mâles attendent leur heure. Du beau monde, des inédits. Comme ce croisement Tumi & Chinese Man entendu sur disque mais encore jamais vu sur scène. Une première en France, aussi, ce projet de Ghostface Killah et Raewkon. Odezenne débarque avec sa langue bien pendue et Dj Djel s’invite en live avec ses potes dont une partie de la mythique Fonky Family. La tempête Flatbush Zombies qui fonctionne comme le Wu Tang, en logique de crew, de meute, s’abattra quant à elle sur la Friche pour faire la preuve que la relève new-yorkaise est bien assurée. Sans doute l’un des moments les plus intenses du festival.

Le lendemain, samedi 24, le festival ne fait pas patte de velours. Aux grosses écuries techno, Marcel Dettmann et Chris Liebing, Marsatac adjoint Richie Hawtin avec un projet live, jamais offert dans le pays – entre minimale et musique expérimentale sur fond de déploiement scénique maousse, un événement évidemment. Rareté encore, le retour tonitruant du duo canadien MSTRKRFT. Sonorités robotiques, vocoders, montées apocalyptiques et beats enflammés, les rois du clubbing sans concession veulent en découdre. Autre inédit, le duo Agoria B2B Louisahhh, testé et plus qu’approuvé par le public du Panorama festival en Bretagne cet hiver, vient donner une petite leçon d’efficacité dancefloor spécialement pour Marsatac. Entre autres perles, le projet Maestro – chant, machines, percus – vient redonner une seconde jeunesse à la new-wave. Flavien Berger se pointe, lui, avec sa chanson au moins aussi inclassable qu’attendue. Quant au marseillais French 79, émanation de Nasser, il promet un set classieux d’électro-disco-pop à domicile.

Du crépuscule aux aurores, cette progra toutes griffes dehors nous hérisse l’échine et nous fait hurler à la lune. Qui a peur du loup ? Pas vous mes agneaux...